| Après la rénovation de la maison, c’est le jardin qui devient prioritaire. La première année, la terrasse, et l’année suivante, la piscine ainsi que les aménagements extérieurs : un muret-banc séparant la terrasse du jardin et, dans le prolongement, un barbecue à double foyer |
| Ces aménagements sont composés d’une base maçonnée et d’une finition inspirée de l’architecture rurale en pierre sèche, dont on trouve de nombreux témoignages dans nos campagnes : murets bordant ou séparant les champs, murs de soutènement, abris ou cabanes de bergers (capitelles, bories, gariottes, cajolles…). |
| Ce mode de construction rural répond à une règle simple : les pierres, ramassées sur place, sont assemblées à sec sans mortier (voir encadré p. 23). Dans ce chantier, les fondations du muret et du barbecue sont en béton et le montage est effectué au mortier. |
Bâtir sur du solide Comme toute construction, un muret en pierre sèche exige une base solide. Traditionnellement, elle est constituée de gros blocs de pierres plates d’égale épaisseur qui forment une assise uniforme plus large que le mur. Ces blocs sont posés et calés sans mortier ni terre, dans une excavation de quelques centimètres – ou dizaines de centimètres de profondeur – selon la hauteur et la surcharge du muret. |
| Comme nous l’avons évoqué plus haut, pour des raisons de longévité, cette semelle est avantageusement remplacée par des fondations en béton, plus larges que l’épaisseur des murets et de 30 cm de profondeur. Le béton de fondation est confectionné avec un ciment (CEM II 32,5 R ou 42,5), dosé à 250 ou 300 kg/m3 et armé avec une semelle plate (3 à 8 filants de 8 ou 10 mm de diamètre selon la portance du sol). |
| La technique de la pierre sèche est très rigoureuse et ne laisse place à aucune improvisation. C’est pourquoi, par prudence, les murets sont montés au mortier étalé uniquement sur l’intérieur du mur et donc invisible de l’extérieur pour conserver l’aspect pierre sèche. Il peut s’agir soit d’un mortier de ciment (CEM II 32,5 R) soit de ciment à maçonner (“Multibat” de Lafarge Ciments, “Baticem” de Calcia…) ou de chaux bâtardée (“Calix” de Calcia…). Ce type de montage qui peut s’apparenter au limousinage (art d’appareiller et d’assembler au mortier des moellons) obéit à plusieurs règles qui exigent de la patience et du soin. |
Pierre par pierre Le choix des moellons doit être judicieux, leur ajustage minutieux et leur emboîtement précis. Le maçon amateur doit avoir un bon coup d’œil pour trouver une place à chaque pierre et une pierre pour chaque place. Un tri s’avère indispensable pour déterminer la face de parement, pour séparer les boutisses, les parpaings, les panneresses, la blocaille… (voir lexique) |
| Les pierres sont calées et serrées de façon à avoir des joints réduits au minimum. Les espaces vides en parement et au centre du mur sont remplis avec des pierres de blocage. Ces cailloux plus ou moins gros sont toujours calés à l’aide d’une massette afin qu’ils ne puissent plus bouger et que la couche supérieure soit bien assise. |
| Le muret se construit par rangées horizontales (des assises), alternant boutisses, parpaings et panneresses. Les pierres sont posées dans le sens du lit de carrière (horizontal) et jamais en délit (sur la tranche), de manière à ce qu’elles n’éclatent pas sous le poids de la maçonnerie. Les joints d’une rangée à l’autre sont croisés pour éviter les “coups de sabre”, sources inévitables de désordres. Les deux dernières assises sont composées de blocs plus lourds et plus allongés, afin de renforcer le liaisonnement. |
Un ensemble bien soutenu Cette construction en moellons intègrent d’imposantes pierres de taille récupérées lors d’une démolition. Elles sont utilisées en tant que chaînage d’angle pour le muret, pour les jambages du barbecue et dans le prolongement de l’un d’entre eux, comme desserte. |
| Les jambages et l’arrière vont supporter le plan de travail en béton. Le coffrage est constitué de planches étayées avec des piliers en brique. L’épaisseur, 15 cm, est délimitée par deux assises de pierres scellées sur les jambages et l’arrière qui font office de coffrage et qui dissimuleront la dalle de béton. |
| L’emplacement des foyers est réservé par deux blocs de polystyrène posés sur le fond du coffrage. En façade, un autre bloc est placé pour réaliser l’habillage du bandeau en pierre. Un quadrillage de fers à béton est disposé pour former une armature. Après coulage et séchage du béton, des carreaux de terre cuite constituent le revêtement du plan de travail. Les blocs de polystyrène retirés, les foyers sont insérés dans les réserves et le bandeau de façade est habillé de moellons scellés au mortier. |
Où se renseigner ? La technique de la pierre sèche obéit à des règles strictes, perpétuées par des artisans maçons, des associations de sauvegarde du patrimoine local et certaines écoles. Le site www.pierreseche.com est une excellente source d’information sur le sujet. Il recense les publications, les ouvrages, les écoles, les associations et les sites traitant du sujet. |
Reconnaître les pierres Les pierres ne proviennent pas d’une carrière mais de champs labourés, défrichés et épierrés. Elles sont utilisées telles quelles, à l’état brut. Rien n’empêche de les ébaucher sommairement à coups de marteau. Il est toutefois important de choisir des pierres non gélives (susceptibles de se fendre sous l’action du gel). |
Petit lexique pour y voir plus clair. Appareil (ou opus) : maçonnerie composée de pierres posées où chaque élément occupe une place déterminée. |
| Assise : rang de pierres de même hauteur, formant une couche horizontale. |
| Blocage ou blocaille : débris de pierres brutes ou de moellons remplissant les espaces vides en parement et l’intérieur du mur entre ses deux parements. |
| Boutisse : pierre dont la longueur se trouve dans l’épaisseur du mur et dont l’une de ses extrémités est en parement. |
| Boutisse parpaigne (traversante ou traversière) : pierre plus grande que le moellon, placée en boutisse dans toute la largeur du mur et présentant ses deux bouts en parement. |
| Moellon : pierre de construction aisément manipulable du fait de son poids et de sa forme. Brut, non taillé, il peut être de forme quelconque, naturellement équarri, c’est-à-dire présentant une face de parement grossièrement rectangulaire ou trapézoïdale ou encore lités (en plus d’une face de parement, des faces de lit et de joint plates et parallèles). |
| Panneresse : pierre placée dans la maçonnerie avec sa face la plus longue en parement. |
| Parement : face de la pierre qui est destinée à être vue. |
| Parpaing : pierre plus grande que le moellon, placée en boutisse dans toute la largeur du mur, qu’elle peut même dépasser. On parle aussi de boutisse parpaigne. |
| Niveau : moyen
Temps : 4 week-ends (en comptant les temps de séchage)
Équipement : niveau à bulles, massette en caoutchouc, truelle à joints, auge, fil à plomb |
| 1. Le béton des fondations est armé d’une semelle plate à trois filants. Après coulage, comptez une semaine de séchage. Puis positionnez une pierre de taille pour tracer au cordeau le bord extérieur du muret. |
| 2. De consistance ferme (1 vol. de ciment pour 3 à 4 de sable), le mortier de scellement des pierres de taille est étalé à la truelle en couche épaisse, 3 cm environ pour empêcher un tassement trop important. |
| 3. Les pierres de taille d’extrémité sont positionnées en fonction de l’épaisseur du muret et s’alignent sur les jambages du barbecue. Les éléments sont ajustés de niveau horizontalement et verticalement. |
| 4. Un cordeau tiré entre les pierres d’extrémité permet d’aligner la première assise de moellons, calés entre eux et enfoncés au marteau dans un lit de mortier en alternant boutisses, panneresses et parpaings. |
| 5. La pose se poursuit rangée par rangée, le cordeau d’alignement suivant l’ascension. Au fur et à mesure, des pierres de blocage sont insérées et scellées dans les espaces vides et au milieu du muret. |
| 6. La dernière assise scellée sert de couronnement. Les joints entre pierres sont comblés pour empêcher la pénétration des eaux de pluie. Utilisez un mortier assez liquide pour qu’il pénètre bien dans les interstices. |
| 7. Le mortier gris de jointoiement n’est guère décoratif. Avant séchage définitif, les joints sont creusés au fer à joint, puis brossés avec du sable et une brosse métallique pour obtenir une teinte ton pierre. |
| 8. Un cordeau est tiré entre le muret et l’extrémité du futur barbecue pour aligner les deux aménagements. Un traçage au sol matérialise sur la dalle de béton l’emplacement des jambages et de la desserte. |
| 9. Une énorme pierre taillée, dont la forme se prête à merveille, fait office de desserte (ou de banc) du barbecue. Elle est alignée sur le tracé et scellée dans un épais lit de mortier sur la dalle de béton. |
| 10. La pierre de la desserte est mise à niveau horizontalement et verticalement et calée éventuellement. Un muret de moellons est construit derrière l’une de ses extrémités pour constituer l’un des jambages. |
| 11. Les deux jambages du barbecue sont élevés en même temps. Des pierres de taille, des boutisses et des parpaings de grandes dimensions sont utilisés conjointement avec des panneresses et des blocailles. |
| 12. Les jambages et le mur arrière sont montés jusqu’à 60 cm de haut. Un assemblage de planches de coffrage est posé à l’intérieur à 15 cm au-dessous du sommet sur un étayage de 4 empilements de briques. |
| 13. Des moellons scellés sur le pourtour des jambages et du mur arrière forment le coffrage latéral du plan de travail. Des blocs de polystyrène coupés aux dimensions des foyers sont centrés sur le fond du coffrage. |
| 14. Un bloc de polystyrène est placé sur le bandeau de façade du plan de travail pour réserver la place aux moellons d’habillage. Des fers liaisonnés entre eux sont posés entre les blocs pour armer le béton. |
| 15. Un coffrage périphérique est fixé avec des chevilles de maçon et des serre-joints pour faciliter la mise à niveau et l’étalement du béton. Après coulage, il est tiré soigneusement à la règle métallique. |
| 16. Après séchage du béton, 15 jours minimum, les carreaux du plan de travail posés à blanc dans les angles sont alignés. Un traçage au cordeau permet un démarrage d’équerre. |
| 17. Les carreaux de terre cuite sont fixés selon le calepinage retenu par double encollage avec un mortier colle compatible extérieur, type C2 S. Ils sont enfoncés et mis à niveau au maillet en caoutchouc. |
| 18. Les carreaux sont posés au ras des réservations en polystyrène des deux foyers. Le fond du coffrage et les piliers de brique sont retirés avant d’enfoncer les blocs au marteau pour libérer les emplacements. |
| 19. Le bloc de polystyrène du bandeau de façade est retiré. Des moellons d’épaisseur correspondante ou retaillés à la meuleuse sont collés comme des plaquettes de parement sur le chant du plan de travail. |
| 20. Les planches de coffrage sont enlevées, le reste de ciment est gratté et le carrelage jointoyé. Les deux foyers sont posés par recouvrement. Attendre quelques jours avant de griller des brochettes ! |