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«Ty Forn» le four et son fournil
Extrait de l'article page 56 du numéro 734 - Système D - mars 2007
 
Crédits:R. SYLVAREC, C. RAFFAUD
 
Il n’y a pas qu’un four à bois dans ce fournil-là. il y entre également de la passion, une atmosphère d’antan et la patiente réalisation d’un rêve tenace qui produit sa fournée hebdomadaire.
 
Ancien cadre électricien, Jean-Claude Carcy a profité de son nouveau rythme de vie pour exprimer son sens artistique au-delà du dessin d’art et de la peinture. Tombé sous le charme d’une photo de vieux four à pain, il a laissé œuvrer ses mains (et sa tête) jusqu’à changer le rêve en réalité. Pour lui, le plaisir de bâtir posément cet ouvrage fut aussi important que l’instant magique où la première fournée apparut au bout de la longue pelle de bois : brûlante, croustillante et dorée à souhait.
Deux ans plus tard, pains variés, pizzas, gratins et autres merveilles odorantes sortent du luxueux Ty Forn (« La maison du four » en breton), grâce à l’expérience grandissante de son épouse Marie-France. Pour un investissement de 1 500 c, ils régalent autant les yeux que les papilles de la famille et des amis.
Le chantier commence en hiver, au fond de la cave, par la préfabrication sur plan de nombreux éléments. L’assemblage de ces pièces préparées avec soin et patience ainsi que la maçonnerie sont repoussés aux beaux jours.

COTÉ COULISSES
Le linteau cintré et les corbeaux d’appui sont moulés en fausse-pierre armée. après décoffrage, un coup de brosse métallique leur donne un aspect authentique. Pour permettre l’ancrage des corbeaux dans la maçonnerie, leur ferraillage dépasse à l’arrière.
En béton caverneux (billes d’argile expansées), la hotte est la pièce la plus difficile à réaliser. Pour garantir l’épaisseur constante de la paroi, il fallait assurer un écartement régulier entre le grand moule extérieur et le petit moule intérieur. Comme les entretoises étaient proscrites, notre lecteur a utilisé une autre méthode : posés sur deux lattes minces (pour permettre l’évacuation de l’air par le bas pendant le coulage), les deux moules sont fixés tête en bas sur la même planche. Le mortier est coulé par le haut, pour pouvoir surveiller leur centrage.
Les dimensions de la sortie de hotte sont déterminées par celles des boisseaux de cheminée choisis pour l’évacuation.
Le diamètre du four (1 m) limite la hauteur de la voûte (40 cm) et donc de la « gueule » (28 cm). Cette dernière mesure est impérative : la « gueule » ne doit pas afficher moins de 63 % de la hauteur de la voûte. Son arche en briquettes liées au mortier réfractaire est réalisée à plat contre un gabarit.
Un autre gabarit est composé d’une série de couples disposés en éventail, il remplace le dôme de sable compacté traditionnellement utilisé pour appuyer les briques de la voûte pendant la construction. Cette petite entorse à la tradition présente l’avantage de pouvoir vérifier la précision des joints de la face intérieure puisque c’est elle qui sera apparente (en se penchant un peu).
Limités à dix demi-briques réfractaires pour permettre leur manutention, six modules identiques de quatre rangs sont fabriqués contre le gabarit en suivant le tracé d’un cercle d’un mètre de diamètre dessiné sur le plan de travail.

COTE SCENE
Posés sur une semelle armée coulée au ras de la maison, les jambages reçoivent une dalle (également armée), couverte d’une chape isolante de 8 cm en béton de vermiculite. Un joint périphérique de dilatation désolidarise la chape de la maçonnerie.
Sur ce robuste plan sont alors disposés et scellés au mortier réfractaire la « gueule » et les six éléments préfabriqués. Répartis autour d’un cercle d’un mètre de diamètre, ils sont soutenus par le gabarit central. Ce gabarit est ensuite démonté et seul un étroit segment de trois couples est conservé. En le déplaçant selon les besoins, il permet à Jean-Claude de vérifier la courbure pendant toute l’opération.
Le quatrième rang scellé, la sole doit être posée avant que l’accès ne devienne trop acrobatique : le gabarit est ôté et les briquettes réfractaires disposées à plat. En périphérie, elles nécessitent des coupes pour suivre l’arrondi du foyer.
Raccourci pour compenser l’épaisseur de la sole, le dernier segment de gabarit est utilisé le plus longtemps possible pour maintenir un galbe optimal jusqu’à la pose de la clé de voûte.

L’HABILLAGE
Lorsque les briques ont disparu sous 5 cm de mortier réfractaire et 30 cm de laine de roche (sans pare-vapeur), il est temps de passer au revêtement extérieur : des briquettes de parement viennent prolonger la sole. Ainsi, elles déborderont encore suffisamment après un enduit ou un crépi de finition.
La maçonnerie du fournil est montée progressivement : les corbeaux y sont intégrés après un premier rang de nouveaux parpaings. La maçonnerie se poursuivant au-dessus de l’ouverture du four, un linteau est intercalé, qui supportera le poids des parpaings supérieurs.
Le linteau frontal peut alors être scellé sur les corbeaux et recevoir la hotte. Elle est hermétiquement jointoyée à la fois au linteau et à la maçonnerie contre laquelle elle s’adosse.
Les boisseaux du conduit de fumées sont raccordés à la hotte. Ils traversent la charpente en respectant la distance au feu réglementaire avec toute pièce de bois (de 16 cm).
Il reste à garnir la façade autour de la « gueule ». L’alignement des briques est particulièrement soigné car il se présente à hauteur des yeux. Cet habillage s’approche des briquettes de la « gueule » sans toutefois les toucher. Son noircissement pendant la chauffe est inévitable mais, loin d’être des balafres défigurant l’ouvrage, ces preuves d’activité lui confèrent au contraire un titre de noblesse.

LES DECORS
À l’angle extérieur, le fenestron de visite est moulé puis posé. Comme il ne peut assurer un appui suffisant pour la charpente qui passe juste au-dessus, un linteau le surmonte. Ce linteau prend appui sur la maçonnerie de chaque côté.
Rudimentaire pour un local aussi modeste, la charpente se compose de bastaings, chevrons et liteaux. Elle reçoit une couverture identique ou compatible avec celle de la maison (selon les consignes de la mairie qui a bien entendu son mot à dire même pour un petit ouvrage comme celui-ci).

LES TROIS COUPS
À part une minuscule flambée pour tester le tirage, « Ty Forn » n’a pas encore reçu son baptême du feu. Trois semaines après la fin des travaux, notre futur boulanger lance la première phase de chauffe, le « dérhumage » est très particulier. pendant deux semaines, il s’agit de monter très progressivement en température pour évacuer en douceur les inévitables 10 % d’humidité résiduelle, profondément imprégnés dans la masse de la maçonnerie. Un dérhumage plus bref sera ensuite à lancer également après toute période prolongée d’inactivité et à chaque fois qu’un taux d’humidité gênant est à redouter.
La température peut maintenant monter progressivement. Une astuce permet de repérer le moment où le four devient opérationnel : à mesure que la température augmente, la suie déposée sur les parois laisse la place à une zone plus blanche. Il est autonettoyant, comme tous ses semblables. Lorsque la limite entre les deux zones est complètement descendue, les parois sont à point et peuvent supporter des températures dépassant les 300 °C.

LE SPECTACLE
À la fin de la période de chauffe, le four est trop chaud pour cuire du pain. La technique consiste à surveiller son refroidissement afin d’enfourner au bon moment. Sans thermomètre, les anciens jetaient une poignée de farine sur la sole. Si la farine noircit, c’est encore trop chaud. Si elle roussit simplement, le bon moment est venu !
Nos aînés repéraient aussi à la couleur de la voûte les stades de température descendante : le degré où il fallait enfourner le pain ou les pizzas, les gâteaux, les rôtis ou les plats à réchauffer était judicieusement exploité.
Que l’on soit acteur ou simple spectateur, la chorégraphie boulangère reste magique. La longue pelle enfarinée qui enfourne le pâton en raclant contre la sole rugueuse ressort vide mais toujours plus brune. Bientôt trônera un magnifique pain doré. Il faudra se contenter de le humer quelque temps avant de pouvoir enfin le goûter sans se brûler.

LONGUE VIE AU FOUR
Deu gestes sont à proscrire absolument : fermer la porte pendant la période de chauffe et jeter de l'eau à l'intérieur pour faire baisser la température. Il est préférable d'extraire du combustible et de le faire tomber dans le cendrier.
Le premier pain est toujours émouvant. Miracle ou chance du débutant, la première cuisson est parfaite. Les prochaines demanderont quelques tâtonnements avant de reproduire une si belle cuisson.

A L’ATELIER…
Les briquettes du cintre de la « gueule » sont assemblées au ciment réfractaire, d’après le tracé correspondant exactement aux cotes du plan. Elle devra s’adapter parfaitement à la voûte finie.
Imitant la pierre, le mortier de sable et de ciment blanc est coulé dans un moule patiemment réalisé en aggloméré pour les parties droites et en contreplaqué mince pour les parties galbées.
Des doigts de fée, un poignet souple, un œil précis et une certaine obstination sont indispensables pour réaliser les moulures intérieures du coffrage du linteau cintré qui portera la hotte.
au décoffrage, un résultat très pro attend l’artiste : le soin apporté aux détails paye immédiatement. Même les inévitables petites irrégularités dues au démoulage ajoutent de la crédibilité.
La hotte est également en fausse-pierre. Elle est coulée entre deux moules. Le coffrage externe et le noyau central sont très précisément centrés pour garantir une épaisseur homogène de la paroi de 5 cm.
Belle œuvre d’un ami aux doigts d’or, la porte résiste d’autant mieux aux 300 °C du foyer qu’elle présente le luxe d’être en acier réfractaire (le pain lui-même cuit vers 250 °C).

AUX BEAUX JOURS
La chape isolante de béton caverneux (billes d’argile) recouvre la dalle armée de 20 cm d’épaisseur reposant sur trois jambages en parpaings eux-mêmes posés sur une solide semelle.
six éléments de dix briquettes sont scellés à la fois contre la « gueule » et sur un lit de mortier réfractaire. Ils ne touchent pas à la sole qui doit rester une garniture intérieure amovible.
Grâce au gabarit mobile, la ceinture peut être garnie à vue et relier les six éléments en soignant les joints intérieurs. Un revêtement de mortier réfractaire finit de sceller l’ensemble.
Accueillant les corbeaux (dont le ferraillage arrière est ancré dans la maçonnerie), le muret de façade est monté.?Des fers à béton sont insérés sur les côtés en prévision du linteau arrière.
Phase délicate, la taille des briquettes qui fait la liaison entre la voûte et la clé de voûte. L’opération demande de la patience (voire de l’obstination) et beaucoup de précision dans la conduite de la machine.
Butant sur un étai provisoire à l’intérieur, les briquettes vont descendre en place. Elles bloquent la clé de voûte et ferment hermétiquement la trémie. Tout l’ensemble sera scellé.
Adossée à la maçonnerie, la lourde hotte est soutenue par le linteau cintré en fausse pierre armée. L’ensemble repose sur les deux corbeaux solidement ancrés à la maçonnerie de la façade. Déterminé à achever seul le travail, notre lecteur a utilisé à un système de levage pour la mettre en place sans risque. « Cette hotte est un sacré morceau ». Tant qu’elle n’est pas scellée, elle reste fragile.

LE FOURNIL
Belle pièce de ferronnerie, la porte doit rester entièrement plane au fil des ans malgré la chaleur inégale son ajustement parfait à la maçonnerie évite les fuites. Ici, le loquet est démonté.
Photo souvenir… Pour parfaire le rêve, la découverte d’un triporteur d’antan ramène à une époque où l’artisan prenait tout son temps. Celui qui cuisait, savait goûter l’instant qui passe.
 
«Ty Forn» le four et son fournil
 
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